L'histoire de tante Henriette - Gary Williams

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L'histoire de tante Henriette

L'histoire de tante Henriette - Gary Williams

Ma grand-tante Henriette, est une dame maintenant âgée de 81 ans. Sœur cadette de ma grand-mère  Simone est une femme très mystérieuse.  Son parcours de vie a toujours été fascinant pour ses neveux et les nièces, et aussi autant par la suite pour nous les petits-neveux et nièces. Sans enfant, elle ne s’est jamais mariée. Selon une histoire que j’ai entendue, elle a eu le cœur brisé à 20 ans quand son fiancé ne s’est jamais présenté à l’église le jour de son mariage. Tante Henriette, très orgueilleuse n’en parle jamais. Elle a travaillé presque toute sa vie en tant que couturière. Son chemin de vie, sans mari, a été empreint d’embûches. Femme émancipée pour son époque, elle a dû se débrouiller rapidement pour gagner sa vie. Elle a habité longtemps avec sa sœur, ma mamie Simone, qui nous a toujours  interdit de la questionner sur son passé et les rumeurs. Il aurait été inconvenant d’habiter seule, même si elle en avait été bien capable. Elle adorait transgresser les règles de l’époque, mais devait se garder de demeurer une femme convenable.  Dans les dix années suivant son mariage raté, elle sera surtout une aide précieuse pour ma grand-mère qui a eu 7 enfants, surtout à la naissance des petites dernières, des jumelles, mes tantes Alice et Claire alors que mamie avait déjà 5 enfants à s'occuper. Malgré cela, elle se vante encore d’avoir porté un pantalon très tôt dans de sa vie, mais pleine de contradictions,  je sais qu’elle porte aussi une gaine depuis l’âge de 16 ans (coquetterie obligatoire de toutes les femmes à cette époque). Considérée comme trop féministe, il paraît qu’elle n’était pas appréciée du curé, qui ne voyait pas d’un bon œil qu’elle ne soit ni mariée, ou devenue religieuse. À l’époque, c’était les deux choix possibles pour une femme. Elle a préféré cesser d’aller à l’église plutôt que de plier à l’obligation d’épouser un veuf possédant déjà toute une marmaille  ou un vieux garçon ayant l’air respectable, mais qui devait être un ivrogne selon elle. Ça, c’est elle qui me l’a racontée.  Elle était très fière d’avoir assumé son célibat. Ma mère m’a raconté qu’elle détestait les stéréotypes et lorsqu’elle entendait quelqu’un dire qu’une femme ne devait pas parler ou se mêler de ceci ou cela, elle explosait, parfois en silence, mais on la voyait devenir rouge comme une pivoine. Outre le français, elle parlait l’anglais, l’espagnol, et l’italien même qu’un petit peu de portugais. Elle disait qu’elle aimait pouvoir discuter avec les personnes des autres cultures qu’elle côtoyait surtout dans le domaine de la couture où elle a toujours œuvré. Enfant, on l’imaginait avoir été une espionne comme Mata-Hari. Une cousine me racontait qu’elle a vu des photos de notre tante avec un bel Italien, et une rumeur court parmi nous, à savoir qu’elle a été longtemps la maîtresse d’un avocat marié, un genre de conseiller financier pour la mafia. Quand j’en lui en ai parlé, elle a éclaté de rire en me disant que nous avions trop d’imagination. Mais elle a quand même eu un petit sourire en coin mystérieux, et m'a fait un clin d'œil. Je sais qu’elle écrit en cachette ses mémoires, mais qu’elle refuse que personne ne les lise avant sa mort. Je n’ai pas hâte qu’elle nous quitte, mais comme j’aimerais mettre la main sur ce document.  Un jour, je saurai sans doute la vérité sur ses secrets, mais chaque chose en son temps.